22 heures, Marseille, gare Saint-Charles. Au milieu de la foule qui s’agite en tous sens, deux femmes attendent, paralysées par le froid, plantées là, valises aux pieds. Atmosphère bizarre. Éclairage urbain dansant, vent glacial sifflant dans les platanes. D’un coup, la plus grande des deux femmes se décide à affronter les éléments, elle s’active, se met à brailler des prénoms. Une à une, des silhouettes d’allure jeune, sorties de nulle part, se manifestent. À chacune des ombres humaines, elle répète d’une voix ferme les mêmes consignes, ultimes recommandations qui resteront sûrement sans effet, mais sait-on jamais. Puis, s’adressant à sa collègue, en hurlant pour couvrir les rafales de vent : – Ce voyage, c’est une première pour moi, et je ne le sens pas du tout. – Pareil pour moi ! Je ne sais pas ce qui nous attend, mais de toute façon, c’est trop tard pour renoncer, on ne peut plus reculer ! – J’ai vraiment envie de repartir chez moi, en plus je suis congelée. Pourquoi je me suis engagée dans ce truc-là ? Dans quoi on s’embarque toutes les deux ?