Sept figures de l'homme triste
La Genèse de ce livre est contenue dans cette « scène primitive » que l'auteur a réellement vécue : une biche tuée qui perd son sang dans un bassin au-dessus duquel se penche une haute silhouette d'homme, tandis que l'enfant apeuré sanglote. À partir de là, l'auteur va rêver une suite, laquelle contiendra bien sûr divers éléments puisés dans sa vie mais aussi dans le temps de la guerre avec ses lendemains et l'image toujours quêtée, toujours fuyante du corps du père. Les promenades avec l'homme de chasse sont tissées de ces choses. Les nouvelles du triptyque, apparemment éloignées de la première partie, suivent pourtant le même fil rouge : la symbolique du corps paternel si transposé qu'il soit.
Peut-être le perçoit-on dans le géniteur de l'enfant blond, ou dans l'imposante figure nourricière de celui qui, chaque lundi, doit accomplir ce qu'il nomme « le rouge travail ».
De tous les insondables mystères dont l'Univers se plait à nous entourer, celui de l'âme humaine reste le plus ténébreux. La I Collection In Arcadia s'attache à rassembler des textes, anciens ou récents, connus ou encore dans l'ombre, qui ne s'engagent nullement à « éclairer » cet insondable dédale, mais à tendre un fîl d'Ariane entre les sommets de la lucidité et les abîmes de la folie. Ces récits placent ainsi l'humain et l'énigme de sa douleur existentielle à la fois, en tant qu'objet tourmenté, au centre de l'immobilité de la Création et, comme observateur serein, en marge du tourbillon cosmique.
Cela ne serait bien entendu que science vaine si ces textes n'étaient écrits dans une langue froide et limpide, vitrine et conservatoire de l'expression parfaite de la pensée féconde.