« Nous n’avons aucune maison en Europe dont l’antiquité soit aussi bien prouvée que celle de l’empire de la Chine. » Voltaire, Dictionnaire philosophique. Cette phrase de Voltaire (1694-1778) constitue l’un des plus beaux hommages rendus à l’empire du Milieu par l’auteur de L’Orphelin de la Chine. Cette admiration pour l’ancienneté de la civilisation chinoise était partagée par nombre de ses contemporains, en premier lieu par les jésuites français missionnaires en Chine, qui constituaient ses principaux informateurs. Cette sinophilie était également affichée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par Henri-Léonard Bertin, ministre de Louis XV puis de Louis XVI. La fascination pour la Chine et ses productions artistiques n’était pas nouvelle en France au XVIIIe siècle. Elle s’était manifestée en Europe dès l’époque romaine et n’avait cessé d’y régner avec des fortunes diverses. Elle était même devenue un véritable mythe à la fin du Moyen Âge, soutenu par les récits des rares voyageurs qui s’y étaient aventurés, comme celui du Vénitien Marco Polo (1254-1324), parvenu en Chine au XIIIe siècle, à la cour de Qubilaï Khan (1215-1294). Son ouvrage, Le Devisement du monde, écrit quelques années après son retour en Europe, devait avoir un immense retentissement jusqu’à l’époque moderne. Le récit de Marco Polo, imprimé pour la première fois en 1477, donnait de la Chine l’image d’un pays regorgeant de trésors et de phénomènes exotiques, particulièrement enchanteurs. Il devait avoir une postérité considérable jusqu’au XVIIe siècle. D’autres récits de voyageurs contribuèrent à répandre l’idée que le pays de Cathay ne ressemblait à nul autre et qu’il était gouverné par des empereurs pacifiques et courtois. À la fin du Moyen Âge, le mythe crût encore à la faveur de la fermeture de l’empire aux étrangers par la dynastie des Ming. La Chine, devenue inaccessible aux Occidentaux, n’en était que plus attirante.