Avec l'immobilisation du front, à l'automne 1914, apparaissent les premiers journaux de tranchées.
Leur succès est immédiat. Rédigés par des combattants d'un secteur pour leurs frères d'armes,
ces journaux ont pour vocation de faire oublier ses misères à la troupe. Parmi les très nombreuses
publications qui vont accompagner le combattant de première ligne, le Mouchoir se distingue par le
nombre de numéros publiés et la qualité de ses dessins. Fondé le 14 novembre 1915, il reçoit le nom
d'un lieu-dit du Bois-le-Prêtre, pour la conquête duquel la 73e DI livre des combats acharnés.
Le Mouchoir est l'organe de cette unité, qui prend part ensuite à la bataille de Verdun et à celle de la
Marne, en 1918. La plupart des fondateurs du journal ne survivent pas à la guerre. L'artiste peintre
Joseph Lesage, qui dessina toutes les couvertures de la publication, meurt pour la France quinze jours
avant l'armistice. Entre censure et propagande, avec l'humour naïf, puis accusateur, qui le caractérise,
les soixante-deux numéros du Mouchoir constituent un témoignage exceptionnel sur le soldat des
tranchées, sur son état d'esprit et l'évolution de sa perception de ses épreuves.