Ces «Oblongues» sont de petites pierres semées en chemin,
balises sculptées par le vent au gré du hasard et des nécessités,
et chacune rapporte des chants lointains et familiers.
Comme les rebonds, elles sont secrètes et soeurs du destin, autant
de voyages, de stations, d'éclairages, de portraits et d'histoires pour
nous rappeler qu'il n'y a pas d'avenir sans mémoire.
«Le rugby a quelque chose de mystérieux, d'envoûtant même, écrivait
l'historien Henri Garcia. Celui qui n'a pas eu la chance de percer
ce secret ne comprendra jamais rien à nos exaltations, à nos
enthousiasmes, aux joies qui montent en nous, et il restera indifférent
devant nos peines. Je crois que le rugby, avant d'être le grand
sport que l'on sait, est surtout un état d'âme.»
Les créateurs d'espaces, surligneurs d'attaques, aiment rappeler
que le rugby, à travers son expression artistique, est un supplément
à l'existence. Dans ce recueil de nouvelles, de chroniques et d'articles,
il apparaît aussi comme un alibi à la vie et prolonge la part de
rêve que nous gardons. Il permet d'effeuiller lentement les sentiments
complexes qui enveloppent sa pratique pour retrouver les
regards d'enfants, l'accent des vallées, les échos d'une fête prolongée.
Ce jeu n'accompagne pas seulement la vie, il l'ouvre, l'occupe
et la transforme par ses symboles et ses codes, autant de moyens
de communiquer au-delà des mots, de sublimer l'ordinaire, de toucher
à ce que l'on nomme un idéal.
Au tamis, les souvenirs ennoblissent les vertus quand le tourbillon
des éclats qui se succèdent aujourd'hui limite les contours de
l'épique et sèche les nuances. Prise à rebours dans ces lignes, la fortune
nous ramène en pèlerinage pour nous montrer que passé, présent
et futur se situent dans un temps continu où héros modernes
Serge Blanco, Jean-Pierre Rives, Emile Ntamack, Franck Mesnel - et
seigneurs d'hier - Jean Dauger, Pierre Albaladejo, André Boniface,
Jean Prat - ne font qu'un. Comme ces paysages que l'on ne découvre
que des sommets, des hauteurs apparaît alors l'Ovalie, terre
d'imaginaire.