Notre époque est marquée par la redécouverte de la condition corporelle de l'être humain, avec la prétention de mettre fin à une longue histoire de mépris à l'égard, de la chair. Toutefois, à travers les discours et les comportements culturels actuels, l'attention au corps est trop souvent partiale : elle n'en célèbre que la beauté, la puissance, la jeunesse. D'où la proposition d'un "corps cartésien", c'est-à-dire un corps qui est une chose, un objet maîtrisable et manipulable par les sciences, les technologies et les modes. Mépris déguisé sous de nouveaux vêtements, cette redécouverte atteste un refus inconscient de l'être humain de devenir son propre corps, son refus de devenir soi. Devant ce constat, cet essai suggère un questionnement autre de la condition corporelle de l'individu qui ne fasse pas silence sur son versant de fragilité, de faiblesse. Divers apports des sciences humaines invitent en effet à une compréhension de cette condition dans sa double réalité d'agir et de pâtir. Le corps véritable est fait de tensions incessantes entre le possible et la finitude, entre des pouvoirs et des limitations. Et l'humain ne chemine concrètement vers la vérité de son existence que sous le mode de la confiance en la chair reçue et vécue. Cette "foi" constitue une structure anthropologique fondamentale, terreau pour l'expérience chrétienne.