La modernité et sa recherche de nouvelles fondations épistémologiques en l'individu a pris deux voies divergentes. En parallèle aux tentatives d'inspiration cartésienne cherchant à sauver l'applicabilité de la raison à tout le champ de l'action humaine, s'élabore autour de la figure de Pascal et après lui une restriction du champ d'application de la raison laissant la place à une autre faculté, celle du cœur ou sentiment, pour saisir ce qui, tout en étant vrai, reste irréductible à la raison. Le sentiment a incontestablement gagné ses lettres de noblesse au cours de la période moderne, et particulièrement au XVIIIe siècle. Les textes proposés ici fournissent quelques jalons pour comprendre cette évolution, du premier théoricien français de cette " autre voie " au milieu du XVIIe siècle (Pascal) à l'apparente disparition de cette thématique comme problème philosophique à l'orée du XIXe siècle, en passant par son intégration aux champs de la morale, de la politique et de l'esthétique dans les différentes grandes traditions philosophiques de l'époque : empirisme et rationalisme, christianisme et athéisme, pensées britannique, française et allemande.