Notre besoin de croire et de nous soumettre à des pouvoirs extérieurs mène facilement vers la croyance naïve, c'est-à-dire vers la crédulité. Celle-ci à son tour attire la manipulation des religions, des groupes dogmatiques, des mafias, des dictatures et des figures charismatiques - dont l'étude remplit la meilleure part de cet essai. Petit à petit, la crédulité glisse subrepticement vers le fanatisme, se mue en intolérance, pour dégénérer habituellement en conflits meurtriers. Or aussi longtemps que l'on s'y trouve enfermé, on ne peut reconnaître l'envoûtement dans lequel nous entraîne la crédulité. En effet, ce n'est qu'une fois sorti d'un état hypnotique que l'on peut le reconnaître pour ce qu'il est et que, du même coup, on peut se reconnaître tel que l'on est. Mais il n'est guère possible de résister à l'emprise de ces manipulations, à moins de reconnaître ce qui en nous les attire - le manque d'autonomie, le désir d'être pris en charge et le divorce entre le pensé et le vécu. En effet, se reconnaître, c'est cesser d'être identifié à ses croyances naïves et biaisées, en les confrontant avec les faits et l'expérience. Seule la connaissance de soi aurait ainsi le pouvoir de nous rendre autonomes. En somme, si l'on est aussi facilement envoûté par les pouvoirs extérieurs, ne serait-ce pas tout d'abord parce que l'on est envoûté par son propre personnage ? Après tout, le moi n'est rien d'autre qu'un feuilleté de croyances (au sujet de soi-même et du monde) dont chacun s'enveloppe pour ensuite le défendre aveuglément. Par conséquent, si nous sommes si facilement trompés, ne serait-ce pas justement parce que tout d'abord nous aimons nous tromper nous-mêmes ?