Présentation de l'éditeur
Trois personnages, étrangers l'un à l'autre, cherchent désespérément à sortir de la fâcheuse posture dans laquelle ils se trouvent. Tout à fait par hasard, ils se retrouvent dans la salle d'un musée, face à une toile de Van Dyck faisant partie d'une exposition. Grâce à l'énigmatique personnage de ce tableau du XVIIe siècle, le lecteur connaîtra les pensées intimes qui animent chacun d'eux. D'une dimension de vie et de temps à une autre, ce témoin les perçoit, les écoute et parfois, projette une courte pensée qui atteint certains de ces visiteurs. Où serait-ce le fruit de leur imagination ?
Après avoir commis quelques scénarios et réalisations sur pellicule 8 mm, Guy Mouton décide de terminer ses études à l'École Polytechnique de Montréal et de poursuivre une carrière entre l'Amérique du Nord et l'Europe. Cinéphile invétéré, amateur de littérature, il ne coupe toutefois jamais les ponts avec le monde de la création. Puis il délaisse son métier pour revenir à ses premières amours de conteur d'histoires.
Confidences en trompe-l'oeil est le premier roman qu'il publie.
Extrait
On développe parfois certaines habitudes. De ces petits gestes que l'on répète, de ces gestes sans importance. Par exemple, Jacques Melançon aime dormir la fenêtre ouverte, hiver comme été, tout en sachant fort bien que le premier bruit matinal suffira à provoquer son éveil. Il en est conscient, mais il aime se lever à bonne heure, sensible à la douceur de l'aube. Un séjour de plusieurs mois comme veilleur de nuit avait à l'époque changé la routine de son corps au point où il s'était découvert une âme de lève-tôt.
Autour de lui, l'appartement est petit, dénué de luxe, sans radio ni télé. Jacques n'y est ni heureux, ni malheureux ; il ne pense pas en ces termes. Il vit seul, divorcé de sa femme depuis plusieurs années, sans jamais communiquer avec elle. Quand son horaire le lui permet, il se rend le plus discrètement possible à proximité de la porte d'entrée de l'école que fréquente sa fille Julie et de très loin, il jette vers elle un bref regard, sans jamais chercher à lui parler, se contentant de la deviner tout en poursuivant son chemin d'un pas régulier. Elle fêtera ses quatorze ans le mois prochain, n'a pas parlé à son père depuis l'âge de trois ans et ne garde de lui aucun souvenir précis. Jacques soupçonne que sa mère n'a jamais embelli les quelques traces confuses qui auraient pu subsister en sa mémoire. Reste-t-il de lui une vague photo dans le fond d'un tiroir ou dans une boîte oubliée ?