Il y a des choses qu'on ne peut pas remettre au lendemain. Son destin, par exemple. Et le mien m'attendait à l'aéroport, un cigarillo entre les doigts, dans une zone non fumeurs. Après trois ans d'absence, Madeleine Noël revient chez elle. Ou plutôt, elle revient chez sa fille, Emma, puisque celle-ci l'a tant harcelée qu'elle a fini par lui vendre la maison familiale avant d'aller retrouver son vieil amant en Floride. La maison s'élève au milieu d'un de ces villages qui tournent le dos à la forêt pour faire face à la mer. Un de ces villages où le vent du large ne hâle pas la peau mais la ratatine, où les vacanciers défilent sans s'arrêter, où rien n'aide mieux à faire passer le temps, pour Emma, que de s'asseoir au bar Viking devant deux verres de tequila. Madeleine Noël revient chez elle, mais n'a-t-elle pas laissé trop de souvenirs au village pour pouvoir y vivre en paix ? Germaine Dionne fait vivre dans ce roman une truculente galerie de personnages, qui viennent chacun leur tour ajouter leur voix à celle d'Emma. Regards croisés, petites haines, grandes blessures, désirs inassouvis, tout se mêle, laissant affleurer peu à peu le visage trop familier de la tragédie.