À quoi donc correspond le mot censure ? Littérature, philosophie,
droit, sciences humaines : le champ est vaste. Censure religieuse et
politique vont souvent de pair depuis l'Antiquité : Socrate fut
condamné à boire la ciguë... Mais, plus près de nous, comment
oublier la censure éditoriale, la censure économique, l'autocensure ?
La liberté de pensée et d'expression, idée-force de la philosophie des
Lumières, inscrite dans la Déclaration des droits de l'homme et du
citoyen de 1789, constitue de nos jours un principe universel ; son
application n'en demeure pas moins incertaine en maintes occasions.
De L'Art d'aimer d'Ovide à la Lolita de Nabokov, des lectures
d'Aristote du XIIIe siècle aux écrits du marquis de Sade, ce livre suit
le fil de ce phénomène paradoxal que constituent la censure et l'autocensure
: néfastes par nature pour la réception des oeuvres, elles ont
souvent le pouvoir singulier d'agir efficacement sur la création littéraire
ou artistique en général. Voltaire, Rousseau, Salman Rushdie et
ses Versets sataniques en sont des exemples, parmi tant d'autres.
L'illusion de la fin de la censure faisait son chemin, jusqu'il y a peu,
dans les démocraties occidentales... Une formule de Jean-Jacques
Brochier nous ramène à la réalité : «La censure, comme le diable,
prouve son existence dans son acharnement à nous faire croire
qu'elle n'existe pas.» Heureusement, un art d'écrire et un art de lire,
tissés à travers ce volume, transcendent la censure et se présentent
comme antidote au «politiquement correct» dont on sous-estime
trop, aujourd'hui, la perversité.