Transversales philosophiques
« La peinture - écrit María Noël Lapoujade - est philosophie qui entre
par les yeux ». La peinture pense, elle invite à penser. C'est ce qu'elle
démontre à propos de l'oeuvre indépassable de Vermeer. L'espace pictural
et les colorations qu'il convoque en plein XVIIe siècle sont chargés de sens,
qui s'éclairent certes par l'imagination entendue comme création d'une
fiction de monde. Mais cette imagination se nourrit de mathématiques,
d'optique, de métaphysique, ce qui incite à cheminer vers Vermeer par le
biais de Descartes, Huyghens et Spinoza. Car entre géométrie et peinture,
entre science et art, la même élaboration ou construction d'un espace, à
la fois sensible et intellectuel (ou intelligible) est à l'oeuvre, qui permet de
mieux comprendre les choix artistiques du grand peintre de l'école de Delft.
Semblable à un voyage en haute mer, cet essai baroque mais habité par un
éblouissement magique, propose un itinéraire inédit à travers l'histoire des
idées scientifiques et philosophiques qui culmine avec le tableau de La jeune
fille à la perle qui concentre, tel un diamant tout Vermeer. L'on suit avec autant
de passion que d'intérêt les passages inspirés, chargés d'érudition, où elle
analyse les étapes du passage d'une géométrie des solides à une géométrie
de la vision, de la lumière à une démassification de la substance étendue au
bénéfice de l'onde, assurant un cheminement de l'oeil vers l'esprit et l'entrée
de l'image dans les exercices spirituels. Toute une histoire des âges baroques
et classiques s'y trouve révélée sous un nouvel angle : celui de la vision, celui
de la lumière, et aussi celui de l'intime connexion entre des contemporains
que l'on avait tendance à traiter chacun à part.