Inlassable défenseur des mal-logés, mauvaise conscience de notre
société, l'Abbé Pierre a laissé l'image d'un saint moderne, aussi
grand dans la colère que dans la charité. Et pourtant, disait-il, «en
tout saint il y a un peu de diable, et en tout diable, un peu de
saint».
On croyait tout savoir de ses coups de gueule et de ses coups de
coeur. Mais qui connaissait l'homme de chair et de sang ? Il fallait
bien de l'énergie pour rester animé d'une telle force, un demi-siècle
durant ! Où donc la puisait-il ?
Sanda Slag, qui fut de 1985 à 1996 sa confidente, son intime et son
amie, possède une part de ce secret : l'Abbé Pierre était un
homme, soumis aux désirs des hommes. Sa volonté, son courage,
il les puisait aussi à cette intarissable réserve d'amour. La tentation
? Comme tout mystique engagé dans l'action, il y céda
parfois, ayant fait voeu de célibat et non de chasteté. Mais ce livre
en porte témoignage : s'il lui arriva d'enfreindre la loi non écrite
de l'Église, il ne perdit jamais ni sa foi ni ses convictions.
Loin de l'image sulpicienne, Le Saint et la Pécheresse donne à voir
un autre Abbé Pierre, incapable de doser ses émotions, infiniment
plus généreux qu'on ne l'imaginait. Le portrait d'un homme total,
dans toutes ses dimensions : intellectuelle, spirituelle et charnelle.