«Le jour on dort dans ce qu'on trouve. Bergeries, maisons à
moitié brûlées. Tous les Serbes ont foutu le camp, les Croates
«nettoient». Je me rends compte qu'on nettoie pas mal de notre
côté aussi. En fait, les Balkans n'auront jamais été aussi propres
qu'après ces guerres parce que tout le monde a bien nettoyé son
quartier. Consciencieusement.
Dejana a pris du malheur avec tout ça. Les beaux yeux bleus sont
délavés par la sueur, les larmes, la pluie et les grondements. Les
cheveux noirs salis par la fureur du maintenant. Comme moi,
c'était une étudiante qui n'était pas préparée au vrai. Dans les
facs, on cause, on s'en raconte, on en fait des lois et des serments.
On est tous à gauche et révolutionnaires. «Antifascistes». Mais
c'est pour rire. C'est juste qu'on veut régler nos comptes avec
notre père médecin.»
Pour Morgann, jeune étudiant rennais tombé fou amoureux d'une
belle Serbe dans les années 1990, l'aventure «révolutionnaire»
le fait passer brutalement de la cafeteria de Rennes à la Krajina à
feu et à sang. Pour en sortir, une seule solution, passer par la case
«grand banditisme» et parvenir enfin à dompter ces diables qui
ne le lâchent plus.