La globalisation n'a pas commencé hier : le long processus de la
colonisation n'a pas seulement changé les pays colonisés mais aussi
les États européens, qui semblaient pourtant être au centre de ces
transformations sans en être affectés. Ce volume rassemble des spécialistes
internationaux de différentes disciplines pour montrer que le
XVIIIe siècle français était bel et bien pris dans l'enchevêtrement des
mondes extra-européens. La mode et l'érotisme, la biologie et la littérature,
les systèmes de savoir et les programmes politiques - toutes ces
sphères étaient transformées par les découvertes et les acteurs extra-européens.
Comme l'indique le titre Les mondes coloniaux à Paris au
XVIIIe siècle. Circulation et enchevêtrement des savoirs, l'objectif des
études réunies dans ce volume est de donner une valeur programmatique
à l'entrelacs des histoires française et extra-européenne en s'appuyant
sur le concept d'histoire croisée.
Paris apparaît, dès la fin du XVIIIe siècle, comme lieu de convergence
et d'échange du savoir colonial, mais aussi des enjeux liés à la colonisation
elle-même. Ce recueil va cependant au-delà de cette constatation
en montrant que cette position n'était pas incontestée. Certains projets
ne peuvent être compris que dans le contexte de la concurrence et de la
coopération européennes. Dans d'autres cas ce sont les académies de
province et les institutions scientifiques dans les colonies qui échangent
des informations sans passer par Paris et contestent ainsi la situation de
monopole de la capitale française.
Ce volume se veut une contribution à une meilleure compréhension
de l'histoire européenne, inséparable de l'enchevêtrement colonial ; il se
veut également une réflexion critique sur la circulation des savoirs, leur
cartographie et leurs significations.