Issu de la culture européenne traditionnelle, le carnaval est
aujourd'hui un phénomène hautement syncrétique. Il apparaît historiquement
à la fois comme une période d'inversion quand, avec le
masque, le visible est caché et le caché devient visible, et comme une
alternance de bombances et de privations (le carnaval, par ses excès,
notamment alimentaires, préparant une période de jeûne).
Selon Bakhtine, à qui nous devons le discours fondateur sur le carnaval
en sciences humaines, l'être humain est par nature dialogique, de
par sa capacité de vivre deux vies : l'une, officielle, sérieuse et soumise
à la hiérarchie ; l'autre, rieuse et empreinte de liberté. C'est la vie de
carnaval. Elle se présente comme le lieu par excellence du déguisement
et de la fantaisie. Dans une perspective plus large, le carnaval est à saisir
comme un espace de rencontre entre cultures et identités, entre leurs
heurts, leurs ruptures et leurs convergences. C'est ce que font ressortir
ici des chercheurs venus d'horizons divers.
Dans son contenu, cet ouvrage s'intéresse au carnaval contemporain
en se focalisant principalement sur le carnaval de Cayenne, où s'est
tenu, en mars 2009, le colloque à l'origine de ce livre. Il s'étend aussi
aux carnavals qui lui sont géographiquement et culturellement plus ou
moins proches (Brésil, Antilles françaises ou anglaises), en mettant en
évidence ce qui les relie et les différencie.
Comment définir le carnaval aujourd'hui ? Quelles sont, dans chaque
carnaval moderne, les permanences (marques d'identités spécifiques)
et les mutations (marqueurs de mondialisation, d'identités métisses) ?
Quelles interactions entre cette pratique festive avec d'autres champs
humains tels que l'économie, le tourisme, le droit, la sociologie ou
encore la littérature ? Ce sont là quelques questions auxquelles tente
de répondre cet ouvrage, en s'appuyant sur les carnavals du Brésil, de
Colombie, de Guadeloupe, de Martinique, de Sainte-Lucie, de Guyane,
d'Haïti, de Trinidad mais aussi d'Europe.