Les Manouches en France, comme bon nombre de
Tsiganes en Europe, maintiennent dans leur grande majorité
un rapport distancé à l'écrit. Cette forme d'illettrisme
spécifique à une population a de quoi étonner. Comment
se fait-il en effet que des groupes humains semblent avoir
répondu faiblement aux campagnes massives d'alphabétisation
et de scolarisation des populations européennes ? Pour
quelles raisons si peu d'écrits circulent-ils à l'intérieur des
groupes familiaux ?
L'évocation d'un nomadisme qui les aurait éloignés des
apprentissages relatifs aux savoirs de base ne suffit pas,
la plupart d'entre eux ne voyageant que sur de courtes
périodes durant l'année scolaire. Il s'agit donc d'autre
chose, de l'ordre d'une résistance, ou peut-être d'un choix,
qui peut renvoyer à une perception du monde parfois
«autre».
À travers une étude ethnographique portant sur les
représentations de l'espace et du temps, ainsi que sur le
rapport existant entre le respect des défunts, la nomination
et l'écriture dans une communauté manouche du sud de la
France, ce livre s'interroge de manière plus large sur les
conséquences que provoque, pour des groupes humains, un
rapport au signe légèrement différent.