Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, le début du millénaire a
vu se multiplier des discours épurés de toute référence à la catégorie de
«race». La tolérance et la diversité sont désormais les registres dominants
que l'on emploie pour parler de questions relevant auparavant de cette dernière.
Ainsi, aux États-Unis, l'élection de Barack Obama a donné un puissant
élan à ce que Thomas Sugrue nomme le «grand récit de la réconciliation
raciale», en dépit de la racialisation évidente des inégalités sociales.
De part et d'autre de l'Atlantique, la notion de color-blindness gagne en
influence. Elle dissimule une forme de racisme culturel, ou de racisme différentialiste,
qui se diffuse dans la sphère publique, et que revendiquent même
parfois certains responsables politiques. Cette évolution intervient dans un
contexte de remise en cause des modèles nationaux d'intégration et de déclarations
catégoriques sur le prétendu échec du multiculturalisme : prises de
position dont l'objet est de critiquer des politiques jugées trop différentialistes,
tout en pointant du doigt certaines catégories de la population dont
l'intégration s'avérerait problématique.
Ce volume se propose de mieux comprendre les logiques sociales de racialisation,
et leur rapport au politique, dans une perspective comparative et
en recourant à différentes disciplines. Il pratique une forme d'«histoire du
présent», à la fois empirique et théorisée. Celle-ci est de salubrité publique
à l'approche d'échéances électorales cruciales, en Europe comme en
Amérique, alors que les problématiques identitaires conservatrices, sinon
réactionnaires, effectuent un retour en force dans le débat politique et l'exercice
du pouvoir.