La littérature malgache de langue française constitue
aujourd'hui un champ de recherche bien établi avec ses classiques,
ses grands écrivains, sa critique, ses précurseurs, ses
fondateurs, ses moments marquants et son actualité. Elle
occupe néanmoins un statut ambivalent au sein des institutions
qui la situent quelque peu en marge des «grandes régions» de
la Francophonie que sont la Caraïbe, le Maghreb et l'Afrique
subsaharienne. Cette littérature riche et vieille de plus d'un
siècle reste donc encore relativement méconnue.
L'essai de critique littéraire que nous présentons ici s'inscrit
dans une double dynamique qui nous permet de relire des
auteurs reconnus sous un nouvel angle tout en faisant découvrir
des textes moins fréquentés, et ceci à partir de la question
du métissage culturel.
Le projet de Michèle Ratovonony était ambitieux, puisqu'il
est né du désir de savoir comment l'écrivain malgache assume
son identité plurielle. Elle avait opté pour une lecture transversale
d'un corpus de textes en prose dont certains s'inscrivent
dans le canon conventionnel du roman «lettré», alors
que d'autres sont plus proches de l'autobiographie, du roman
populaire ou de l'essai, présentant ainsi un caractère hybride.
En même temps, afin d'assurer la cohérence conceptuelle de sa
recherche, l'auteur interroge ce corpus à partir de la théorie des
figures, approche qui lui permet de tenir compte à la fois de
l'explicite et du non-dit, voire de l'indicible - que la littérature
s'efforce inlassablement d'amener au seuil des mots.