Stigmatisante et chargée symboliquement, la couleur de la peau est soumise au même
titre que le reste du corps à un travail des apparences. Pour être jugée esthétiquement
conforme aux normes dominantes, la peau doit répondre à des critères. Comme tout
travail des apparences, l'éclaircissement de la peau est un fait social s'inscrivant dans un
système de représentations propres à l'environnement socio-culturel des populations qui
s'éclaircissent. C'est dans ce contexte que cette pratique corporelle prend son sens. Or dans le
cas des populations originaires d'Afrique vivant en France, leur environnement socio-culturel
se voit influencé à la fois par leur pays d'origine mais aussi par leur pays d'accueil, ainsi que
par les enjeux politiques les liant historiquement, des enjeux pour lesquels la couleur de la
peau a pu tenir un rôle prépondérant, notamment durant la période de la colonisation.
L'analyse de différents discours portant sur la pratique montre que l'éclaircissement de
la peau ne se limite pas à un changement de couleur de peau. En modifiant la teinte, mais
aussi la texture et la luminosité de la peau, les femmes répondent à une logique sociale et
imaginaire aux fondements empiriques. Le résultat de cette pratique de l'éclaircissement,
imprimé sur la peau des femmes, aura un impact dans leur vie sociale. En changeant leur
couleur de peau, les femmes rentrent dans une construction à la fois biologique, sociologique
et subjective. Elles matérialisent ainsi une quête identitaire s'inscrivant dans un référentiel
socio-culturel et chromatique.