" Ses cheveux noirs épais encadrent un visage mat aux traits fins, aux yeux mobiles et inquiets. Assis à sa table, les livres face à lui sont minutieusement rangés où le Coran flirte avec la bible entre deux Levinas. Au bruit de la porte de cellule qui s'ouvre, cet espagnol se tourne sur sa chaise; à ma vue, il se lève promptement, son salut est révérencieux. Plus de six mois que ce détenu est en isolement à sa demande; il lit, il lit, me raconte combien et comment il lit, dans un désespoir poignant, désirant cerner au plus près sâ folie, il la sait là, cachée, prête à bondir, dans un coin au fond de lui. Il rêve d'un train qui le ramènerait chez lui, laissant au loin la nuit où son destin bascula hors des rails. "