Qu'est-ce ce Jacques Pintavoine qui porte un nom si euphonique ? C'est le héros et l'auteur supposé d'un grand roman intitulé L'orgueil, dont André Meynieux nous donne aujourd'hui deux fragments sous les titres de Les souvenirs d'enfance et Le choix d'une fiancée.
J'ai déjà eu l'occasion de signaler l'originalité d'esprit et le talent d'expression d'André Meynieux, à propos de sa première œuvre publiée. La retraite de Don Juan. Ces qualités paraissent à un degré infiniment plus frappant dans le volume en question.
André Meynieux - je me trompe - je veux dire Jacques Pintavoine, a de soi-même une connaissance cruellement exacte, aiguë, implacable. L'orgueil est le roman d'un homme qui se sait son pire ennemi : un ennemi que l'on porte dans le cœur, dans vos pensées, dans chacun de vos actes et dans chacune de vos abstentions, qui tient le compte de toutes vos impuissances, de toutes vos lâchetés, de tous vos ratages, de tous vos espoirs, désespérés, et qui vous le ressasse jusqu'à vous amener à l'absolu dégoût de vous-même. Le choix d'une fiancée, c'est la lutte de Jacques Pintavoine contre cet ennemi.
Notre compatriote André Meynieux est ce que l'on peut appeler un écrivain. Plus analyste que romancier proprement dit, c'est un psychologue qui a fait en lui la douloureuse expérience de la condition humaine et connaît bien ses semblables. Avec son Jacques Pintavoine, il nous donne la preuve de sa force, de l'importance de ce qu'il veut dire, et de la qualité des moyens dont il dispose pour le dire. Peu d'écrivains de notre génération peuvent montrer un style aussi ferme, aussi dépouillé d'inutilité et de fard, et en même temps d'une souplesse aussi traditionnellement française dans la grande allure de sa simplicité.
R. Margerit