Ce livre décrit et explique avec une grande rigueur non seulement le désastre multiforme auquel a abouti au Kosovo l'intervention occidentale, mais aussi les funestes engrenages, voulus ou non, qui y ont conduit. De 1995 (date des accords de paix pour la Bosnie) à 1999 (lorsque la communauté internationale prend en charge le Kosovo), Vojislav Kostunica, qui n'est alors qu'une figure remarquée de l'opposition démocratique au régime de Milosevic, tient des chroniques régulières dans lesquelles il analyse, au fil des événements, le comportement et les stratégies des nationalistes albanais, du pouvoir de Belgrade et, surtout, des Occidentaux, conduits par les Etats-Unis. Chacun de ses écrits correspond ainsi à une phase du conflit ou, plus précisément, à une étape sur la route conduisant à l'inéluctable malheur. Toutes ses études présentent donc un intérêt évident en soi dans l'ordre du témoignage direct et de la réflexion à chaud. Mais elles ont pris avec le temps une qualité nouvelle parce que le fiasco tragique de «la guerre pour les droits de l'homme au Kosovo» a confirmé la justesse de leurs analyses et de leurs prévisions. De sorte que dans le recueil qui les réunit, elles ont perdu leur allure originelle de chroniques et sont devenues les chapitres naturels d'un livre bien articulé où rien n'est laissé dans l'ombre : des origines du conflit à l'occupation présente du Kosovo, en passant par l'insurrection armée des nationalistes albanais, la tromperie des négociations et l'agression de l'OTAN contre la Serbie. Bref, la valeur de cet ouvrage d'actualité a été vérifiée à l'épreuve du feu de l'Histoire, ce qui n'est pas une mince référence.
Entre la force et le droit ne ménage aucun protagoniste du drame, mais sa cible la plus constante demeure la politique occidentale en raison du rôle central et décisif qu'elle a joué. Le réquisitoire dressé contre elle brille par l'intelligence et la force des arguments. En homme de culture et en professionnel du droit, l'auteur s'appuie sur les principes et les règles dont l'Occident se réclame et qu'il vante à travers le monde mais qu'il a délibérément bafoués ici. Dans ces pages éblouissantes de clarté, Vojislav Kostunica apparaît moins en accusateur qu'en défenseur tenace et convaincu à la fois du bien fondé et du caractère salutaire des valeurs que les démocraties doivent honorer dans l'organisation des sociétés et respecter dans les relations entre Etats.