Cela fait vingt ans qu'Ariane
Laroux rencontre l'ethnologue et
résistante Germaine Tillion, dont
elle a fait le portrait au cours de
trente déjeuners, et lors de grandes
conversations qui duraient tout
l'après-midi, réalisant ainsi de
nombreux dessins et interviews
de cette femme qui a été de tous
les engagements de ce siècle.
C'est devenu une coutume : déjeuner, peindre et parler avec Germaine
Tillion. De faisan en canard fourré, l'ethnologue des Aurès évoque au
moment du café son réseau de résistance du Musée de l'Homme, créé
dès 1940. Arrêtée et déportée à Ravensbrück, elle y effectue une enquête
pour comprendre le mécanisme du système concentrationnaire. Elle y
écrit, cachée dans une caisse, une opérette que les résistantes ont chantée
là-bas et qui dénonce le quotidien des camps. Délivrée par la Croix-Rouge
suédoise et le comte Bernadotte, elle séjourne en Suisse pour se refaire
une santé. Par la suite, elle participe dès 1954 à l'enquête internationale
de David Rousset sur les goulags, lutte en Algérie contre la torture et
sera l'avocate de l'émancipation de la femme méditerranéenne. Elle s'est
éteinte à 101 ans, le 19 avril 2008. Parmi les livres de Germaine Tillion :
Il était une fois l'Ethnographie, Ravensbrück, Le Harem et les Cousins.
«Chacun de ces déjeuners chez Germaine Tillion est l'occasion d'un
de ces développements socratiques qui ont fait de ses hôtes, pendant des
décennies, de tout petits Platon. Ici s'exprime, non sans hardiesse ni co-casserie
parfois, la sagesse sous sa forme la plus libre. Trente rencontres
avec Germaine Tillion... La visiteuse ne dissimule pas qu'elle tient ce
privilège pour un trésor. Il se trouve qu'elle a trouvé bon de nous le faire
partager. Merci, Ariane au fil d'or...»
Jean Lacouture