Le message codé que reçut le capitaine Robert D. Jenkins III, le
«pacha» du croiseur USS Philippine Sea, était un ordre d'attaque. Il fut
transmis immédiatement au poste de contrôle de tir qui ordonna aussitôt
le déverrouillage du système de sécurité des missiles de croisière mer-sol
Tomahawk et leur lancement.
Le feu qui jaillit de la baie ouverte de la rampe de lancement sur le
tribord du navire avait la brillance de mille soleils. Couronnant la boule
de feu, le premier missile Tomahawk s'élança dans le noir du ciel, puis,
guidé par les systèmes de guidage TERCOM et DSMAC utilisant un plan
mémorisé du terrain survolé pour déterminer sa position dans l'espace,
adopta une trajectoire horizontale et fila au ras des vagues de la mer
Adriatique vers sa cible.
L'USS Philippine Sea n'était pas le seul navire de guerre à recevoir
l'ordre de lancement de missiles. Il avait été reçu simultanément par
huit autres bâtiments de guerre, dont les contre-torpilleurs américains
USS Gonzales, USS Nicholson et USS Thorn, ainsi que les sous-marins
américains USS Miami et USS Norfolk et le sous-marin anglais HMS
Splendid, qui faisaient partie du même groupe de combat. En l'espace
de quelques minutes, ceux-ci lancèrent les missiles à leur tour. Le HMS
Splendid entrant dans l'Histoire comme le premier sous-marin de la Royal
Navy à avoir lancé un Tomahawk UGM-109 en immersion et en combat
réel.
A peu près en même temps, six forteresses volantes B-52H venant de
l'aéroport militaire de Fairford en Angleterre arrivèrent à un point d'attaque
prédéterminé au-dessus de l'Adriatique et lancèrent leurs missiles de
croisière. Un bombardier Havoc-12 eut l'honneur d'ouvrir le bal.
Il était 20 heures, mercredi, le 24 mars 1999.
L'agression des dix-neuf pays de l'Alliance atlantique contre la
Yougoslavie venait de commencer.