«Qui, du rêve et de la réalité, conduit l'autre ?» se demande l'auteur
pour qui femmes et fourmis se confondent dans un même tortillement
de la croupe : «Ah ! en tenir une, rien qu'une, noire ou brunette, fuselée,
entre mes mains !»
De la réalité - la naissance en un jour et un lieu précis (le 3 mai 1936
à Lausanne), un tableau de Memling, un lit d'hôpital sur une île de
l'océan Indien, un marchandage au Sénégal, la rade de Genève, le passage
de l'enfance à l'adolescence sur fond de guerre et de beauté lémanique
- surgissent les fantasmes où l'auteur rencontre pêle-mêle voyageurs
du XVIIIe siècle, le peintre Konrad Witz, une voisine d'enfance
du Christ... Lieux et époques se mêlent, en une savante confusion, dans
un univers où, selon la célèbre phrase d'André Breton, «la vie et la mort,
le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable,
le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement».
L'auteur nous entraîne dans un espace onirique, entre poésie et méditation,
où l'ironie exorcise l'angoisse, où la vie fait la nique à la mort, à
moins que ce ne soit le contraire. Qu'importe ? «Le rêve et la réalité se
fondent à l'horizon, cette illusion qui se dérobe.»