De nombreux pays ont, au cours des dernières années, adopté de nouvelles législations
visant, dans une perspective sécuritaire, à lutter contre différentes formes de risques associées
à la dangerosité supposée de certaines catégories de situations ou de personnes.
Un tel constat ne peut être dissocié de l'émergence de ce que Beck a appelé une «société
du risque» et des formes nouvelles et renforcées de contrôle social qu'elle suscite. Il
témoigne également de la «nouvelle crise sécuritaire» que de nombreuses sociétés
connaissent actuellement, crise abondamment relayée par les médias, à laquelle l'adoption
de législations de plus en plus restrictives de liberté semble être la réponse politique
la plus fréquente et, symboliquement au moins, la plus efficace.
Ce constat suscite également, outre la nécessité d'une approche comparative susceptible
de relativiser dans l'espace la nature et l'étendue du phénomène, le besoin d'une
comparaison dans le temps. C'est la raison pour laquelle il a semblé utile de se référer
ici à la «défense sociale» qui, malgré son caractère «protéiforme», désigne un mouvement
de pensée qui, dans un autre contexte de crise sécuritaire, celui de la fin du
XIXe siècle, a occupé une place dominante. La question qui est posée ici, dès lors, est de
savoir dans quelle mesure on assiste actuellement à la «renaissance» au moins partielle
d'un tel mouvement et, le cas échéant, de quels types de «mutations» s'accompagne
un tel retour.
Le présent volume est divisé en trois parties. La première, de nature plus théorique,
porte sur l'analyse de l'évolution des législations, des doctrines et des politiques criminelles
dans différents pays. La deuxième, de nature plus empirique, offre trois regards
différents sur les pratiques. La troisième, enfin, rend compte du point de vue adopté par
la Cour européenne des droits de l'Homme face à ces différentes évolutions.