«La littérature a pour vocation d'explorer les tréfonds de
l'âme humaine, la face cachée des rapports sociaux, les replis
de l'amour ou du courage, ou de la peur. Elle met l'homme face à
lui-même. Comment une société pourrait-elle rester insensible
à cette entreprise qui peut la faire vaciller sur ses bases ?
Chaque époque dresse ses barrières. Ses réactions à un livre la
trahissent. Elles montrent ce qu'elle sacralise. Ou ce qu'elle a de
faible.
Dis-moi ce qui te choque, je te dirai qui tu es :
- Étudier l'accueil qui fut fait au livre de Kravchenko, J'ai choisi la
liberté, c'est comprendre le poids du Parti communiste dans la
France de l'après-guerre.
- Le procès que le général de Gaulle intenta à Jacques Laurent
pour son livre Mauriac sous de Gaulle, permet de comprendre tout
à coup la nature nouvelle du statut du président octroyé par la
Ve République.
- Retourner sur le tintamarre provoqué par La Putain de la République
ou par Le Grand Secret, c'est se replonger dans le climat du
second septennat de François Mitterrand.
Les siècles passent, les tabous aussi. Hier, c'était le respect
de l'honneur, de la religion, ou de la famille qui préoccupait la
société. Aujourd'hui, c'est par exemple celui des enfants. D'ailleurs,
comment serait perçue l'irruption du roman de Nabokov,
Lolita, dans les librairies, alors que notre époque est devenue si
sensible aux crimes pédophiles ? Et les déclarations assumées
d'un Mesrine s'avouant animé d'un «instinct de mort», et les
Versets sataniques de Salman Rushdie, comment les prendrait
notre société si fragilisée par la violence urbaine et l'intimidation
islamiste ?»
Extrait de la préface d'Étienne de Montéty
Les grandes plumes du Figaro font ici le récit, avec l'aide de
documents d'archives, de vingt-quatre ouvrages qui ont fait l'objet
de censure, de menaces ou de polémiques. Un livre essentiel
pour mieux comprendre le pouvoir de l'écrit.