Vers Odessa
Littérature et photographie mêlées
Sous les éléments, dans les abîmes de nos mémoires trouées, des colonnes entières d'âmes mortes, rayées du monde, vivent d'une vie souterraine et muette. Ce sont elles aussi qu'on devine, du rivage d'Odessa, quand les flots noirs repoussent depuis la presqu'île de Crimée l'effigie des officiers blancs d'antan, et que s'élève, solitaire, un chant ancien.
V.G.
Que sait-on des routes que nous suivons emportés par le vent, par le feu ?
Au détour d'un récit croisant écriture et photographies, c'est aussi l'histoire d'un voyage inachevé qui nous est racontée dans Vers Odessa. Comme ceux qui partent en livrant leur sort au hasard, Valérie Golovine a découvert en chemin que le mouvement qui l'entraînait au loin, de l'occident vers l'orient de l'Europe, et puis, au-delà encore, jusqu'à Little Odessa et à la baie longtemps fermée de Nagasaki, vers la steppe et ses orages, ne la ramènerait jamais à la maison : le petit étranger qui frappe à la porte s'était invité dans l'aventure. En prenant pour guide la boussole des images, voici que s'est ouverte une autre voie, constellée de tous les secrets, infimes ou majeurs, qui se cachent sous les mots. Lui sont alors revenus une autre histoire, sourde, en partie ignorée, et son lot de maléfices et de sortilèges : le chaos des Balkans, le vertige de l'immensité russe, où mieux qu'ailleurs se dissolvent les certitudes et se construisent les doutes, dont le mystère avait étendu son aile jusqu'à la propre grand-mère de la voyageuse...