Cinquante ans après les faits, ce récit autobiographique
nous plonge au coeur de l'Algérie coloniale,
où un banal fait divers prend brutalement
les dimensions d'une sombre affaire politico-judiciaire.
Un jeune professeur de lettres, Jean Jaffré, «un métropolitiain»,
se promène un matin dans la ville «indigène» de
Phillipeville ; il est témoin de l'arrestation d'un adolescent
qui a osé discuter l'ordre de circuler donné par un policier.
Pour avoir pris la défense du jeune homme, il doit
purger trois mois de prison ferme assortis d'une lourde
amende. Il faut savoir que le 23 mai 1952, jour de son
arrestation, n'est pas une journée ordinaire mais celle
d'une grève générale pour protester contre l'arrestation du
leader nationaliste algérien Messali Hadj. Décidé à se
défendre, Jean Jaffré fait appel. Le deuxième procès à
Alger se déroule dans un climat d'état de siège, une vingtaine
de personnes sont jugées à la chaîne en même temps
que lui ; il essaye, avec ses avocats, de dénoncer tout l'arbitraire
de ce procès d'opinion.
Jean Jaffré nous donne à lire un témoignage précieux sur
les milieux communistes et nationalistes algériens où son
travail de militant l'a introduit comme «par effraction»
dans l'arrière-boutique où se préparait l'événement historique.
Andrée Bensoussan