«Comme d'autres écrivains, mais sans doute plus que
bien d'autres, Aragon et Elsa Triolet ont été mêlés à l'histoire
en train de se faire, ont nourri leurs oeuvres de cette histoire et
ont aussi façonné cette histoire de leurs oeuvres.» C'est par ce
constat que Henri Bertholet, le maire de Romans, ouvrait le
colloque consacré au rôle des deux écrivains, de novembre
1942 à septembre 1944, lorsqu'ils étaient clandestins à
Dieulefit et Saint-Donat.
L'ambition des participants de ce colloque, qu'ils soient
historiens, chercheurs en littérature, acteurs ou témoins des
événements de cette période, était grande. Il s'agissait de préciser
les faits et les conditions matérielles et morales de cette
période de la vie d'Elsa Triolet et d'Aragon, d'investiguer plus
avant leur rôle dans l'organisation de la Résistance intellectuelle,
et de la Résistance tout court, pendant ces deux années,
d'analyser leur oeuvre «journalistique» clandestine (tracts,
brochures, Les Étoiles, La Drôme en armes, etc.), d'étudier
leurs rapports avec d'autres intellectuels présents dans la
région, d'étudier les oeuvres littéraires et poétiques qu'ils ont
écrites, l'un et l'autre, dans cette période, tout cet ensemble
ayant joué un grand rôle pour soutenir la Résistance.
Complétées par des textes inédits ou introuvables, les
contributions ici réunies permettent de connaître et de mieux
comprendre ces «temps où personne n'était soi-même» et «où
la forêt mythique [de Brocéliande] passait par la pharmacie»,
comme le disent ces dédicaces d'Elsa et de Louis Aragon à la
famille Chancel, période déterminante pour leur oeuvre, mais
plus largement pour l'avenir du pays.