«Le 9 juin 1995, j'assistai à une cérémonie pour le cinquantième anniversaire de la libération de Buchemvald. Le soir même je commençai à noter mes impressions sur un carnet. Ce livre est d'abord le récit de cette "visite guidée" à travers le camp, d'une déambulation à la fois bouleversante, nécessaire et sacrilège. Car ni l'indignation, ni la commémoration, ni la reconstitution des lieux opérée après guerre ne suffiront à combler l'ignorance.»
Dépassant le stade de la simple émotion, Michel Pesnel livre une réflexion sur cet univers concentrationnaire. Il décrit le camp à la fois dans le passé et le présent, confrontant ce qu'il sait - l'organisation de la microsociété nazie, l'impensable souffrance des prisonniers - à ce qu'il voit - les vestiges de la machine à tuer.
A l'heure où les derniers témoins disparaissent, où le travail historique bute sur «le tabou» et l'indicible, où la fiction tente malaisément de relayer la mémoire, où la falsification négationniste le dispute à l'oubli, il examine les multiples chemins de la transmission, en appelle aux grands témoins - David Rousset, Robert Antelme, Charlotte Delbo - et rejoint la parole de Jankélévitch : «Un crime insondable appelle une méditation inépuisable.»