Défini comme mise en scène de la parole de personnages
illustres dans l'au-delà, le dialogue des morts est une forme
mineure mais récurrente de la culture européenne, qu'on ne
trouve pas seulement au XVIIe et au XVIIIe siècles (Fontenelle,
Fénelon), mais de l'Antiquité grecque (Lucien) jusqu'à nos jours
(G. Manganelli, T. Stoppard, E. Cormann ou M. Kundera).
Ces morts (nous) parlent depuis un hors temps et un hors
lieu. Ils appartiennent à une littérature de l'ailleurs, qui évoque
un monde et une temporalité accessibles à la seule imagination,
avec la particularité que la frontière qui nous sépare de cet
ailleurs est symboliquement très forte dans l'imaginaire
humain, puisqu'elle coïncide avec le contour de sa représentation
de la vie (de l'espace vital autorisé).
Cette scène d'outre-tombe anime les figures qui peuplent
nos paysages mentaux, de Socrate à Oscar Wilde ou Staline. Elle
devient volontiers le lieu d'un bilan critique (philosophique et
moral, mais aussi esthétique, politique ou historiographique).
Ces morts seraient-ils nos doubles réflexifs ?