C'est le conflit le plus meurtrier de l'après-guerre
et il se déroule dans l'indifférence générale. Trois
voire quatre millions de morts. C'est la première
grande guerre africaine : un conflit interétatique
impliquant jusqu'à huit pays qui s'affrontent sur
le territoire congolais. Un conflit à bas bruit, qui
détruit le coeur de l'Afrique, un pays de 2,3 millions
de kilomètres carrés, cinquante-trois millions
d'habitants, deux cent cinquante ethnies, dont
aucune ne dépasse les cinq pour cent de la population.
Deux guerres successives : celle de 1996, réplique
du séisme rwandais, balaie le régime du maréchal
Mobutu et signe la mort du Zaïre qui devient la
République démocratique du Congo dirigée par
Laurent-Désiré Kabila. Celle de 1998 est une
guerre de prédation : les vastes ressources
naturelles suscitant les convoitises des voisins. Les
deux blocs aux prises mêlent seigneurs de guerre,
hommes d'affaires congolais et étrangers, mercenaires,
hommes politiques. C'est l'éclatement des fronts
et des acteurs qui distingue un conflit dont les
braises couvent encore malgré la dynamique de
paix soutenue par l'ONU.