Cet ouvrage intéressera médecins, juristes et philosophes. Il est le fruit
d'une trentaine d'années d'exercice de la chirurgie, à la fin du XXème siècle et
au début du XXIème.
Rendue possible par les progrès de l'informatique et des communications à
la fin du siècle passé, la télé-médecine s'installe dans nos moeurs, tandis que
la télé-chirurgie robot-assistée s'intègre à notre société technicienne. Si elles
n'en sont encore qu'au stade expérimental de la «faisabilité», les tentatives
effectuées à ce jour - où la commande humaine reste en l'état incontournable
- ont le plus souvent réussi.
L'évolution récente - comme un retour historique sur cinq siècles de
découvertes médicales depuis la Renaissance en atteste - s'inscrit dans le
droit fil de la médecine anatomoclinique. Mais elle n'est sans doute pas
neutre au plan de l'éthique médicale ni à celui du droit médical.
L'image formée sur l'écran télévisuel de contrôle du robot chirurgical
pourra-t-elle un jour remplacer le regard et le toucher du praticien, autrefois
directement portés sur l'individu ? Le chirurgien sera-t-il appelé dans
le futur à devenir un pur technicien, muni d'un écran et de joysticks,
allant de simulations virtuelles en interventions trans-continentales ?
Dans la réalité, les progrès de la chirurgie, au cours des dernières années, se
sont accompagnés pourtant de mises en cause judiciaires plus nombreuses
pour les spécialistes qui la pratiquent. Et l'évolution récente du droit médical
semble attester du fait que l'attente des patients dépasse très largement
le seul souci de «réparation», ne se relâchant pas quant à l'importance
ressentie du colloque singulier avec le professionnel de santé.
Ce qui invite le chirurgien moderne à rester vigilant, entre désir et
proximité, ne délaissant pas la clinique pour la seule technique.