Le monde social est balisé, marqué, divisé. Des frontières sociales, plus ou moins
perceptibles, délimitent des groupes sociaux, des espaces de vie, des lieux
d'échanges, mais aussi des lieux de ségrégation ; elles traversent le quotidien des
familles.
Mais comment appréhender ces frontières ? L'éducation, reçue et donnée dans les
familles, avec ses continuités et ses ruptures, permet de suivre leur traçage. Sans
cesse réinventée, elle contribue désormais moins à reproduire qu'à produire des
frontières.
Dans un monde où l'ascension sociale promise par le système éducatif est hypothétique,
les familles et les individus déploient une grande énergie pour «bricoler»
l'éducation donnée et «faire avec» les frontières. Celles-ci sont souvent subies,
parfois déplacées, ou encore recherchées.
Avec Monique de Saint Martin et Mihaï Dinu Gheorghiu, une équipe internationale
de sociologues s'est consacrée durant trois ans à comprendre ces différentes formes
de jeu avec les frontières. Des histoires de vie et d'éducation familiales, inégalement
marquées par l'instabilité - familles immigrées, familles des classes populaires, des
classes moyennes ou des bourgeoisies - sont ici restituées dans leur singularité.
Comment ces jeux de frontières se jouent-ils dans des contextes différents ? La perspective
comparative proposée entre la France, la Roumanie, la Suède et le Brésil,
met en évidence, dans chacun de ces pays, les processus dynamiques qui touchent
très fortement les classes moyennes.