Cinquante ans après la décolonisation, les anciens pays colonisés
sont toujours dans l'ornière. À de rares exceptions près, ils n'ont su
tirer profit de leur indépendance ni sur le plan économique, ni sur le
plan politique. Ce ne sont pas les compétences de leurs dirigeants
qui sont en cause, mais la nature même de ces États. Coloniaux
ils sont nés, coloniaux ils demeureront jusqu'à leur extinction. Et
nulle part cette tare originelle n'est aussi visible que dans le rapport
qu'ils entretiennent avec les peuples qu'ils abritent, devenus dans
l'imaginaire colonial des «minorités ethniques» dont aujourd'hui
encore l'existence est bafouée. Jusqu'au génocide parfois.
Il est urgent de passer à autre chose. Non pas en exportant, de
force, la démocratie, comme ont voulu le faire les Américains en
Irak, mais en admettant dans le concert des nations les peuples
qui aujourd'hui luttent pour leur indépendance. Les pays issus de
la colonisation ont déjà commencé à se disloquer. Ils vont donner
naissance à d'autres pays, plus nombreux. On peut s'effrayer de
cet émiettement qui, pour les tenants du statu quo géopolitique,
va engendrer l'anarchie et le chaos. Pas de panique ! Si un peuple
éprouve le besoin de son indépendance, au nom de quoi va-t-on
l'en empêcher ?