«J'ai su dès le premier jour que je la tuerais.
Je vais commencer par la fin, la toute fin, ce bout de la route
qu'on atteint pour ne plus jamais repartir, plus jamais regarder
en arrière. Quand on en est là, il n'y a plus d'issue.
«Je commencerai par la fin et puis, doucement, je remonterai le
temps. Peu à peu, quand le moment viendra, si le moment vient,
je vous parlerai d'elle. Et je vous dirai tout de ses silences, de
ses ombres, de ses facettes que je croyais connaître tant j'en
étais l'otage.
«J'essaierai de vous décrire ses gestes, ses sourires esquissés,
les larmes sèches qu'elle mouillait pour faire croire, persuader,
enfermer dans le doute... Je vous dirai tout, enfin, le plus
possible, et peut-être qu'alors vous comprendrez pourquoi je
l'ai aimée.
«Sauf qu'il n'y a rien à comprendre... Il n'y a jamais d'âge pour
mourir. Il n'y en a pas non plus pour tuer...»