«Les marchands seraient-ils donc seuls dispensés envers le corps
social des devoirs qu'on impose à tant de classes plus recommandables
? [...] L'économie politique veut qu'on interdise toute surveillance
sur leurs machinations ; s'ils affament une contrée, s'ils
troublent son industrie par des accaparements et des banqueroutes,
tout est justifié par le seul titre de marchand. [...] Autrefois c'était
l'infaillibilité du pape, aujourd'hui c'est celle des marchands qu'on
veut établir.»
Charles Fourier
L'idée de décroissance fait peur. Il y a donc lieu de proposer une
dimension désirable à sa nécessité, pressentie par une part grandissante
de l'opinion, consciente de l'impossibilité à soutenir la chimère
d'une croissance infinie sur une planète aux ressources
limitées.
Si le mot «civilisation» a pu offrir l'illusion d'une perspective
d'humanisation de notre espèce, il n'est plus possible de l'employer
pour nommer une opération dont l'objectif semble se confondre
avec une déshumanisation générale.
Vouloir abolir la décivilisation mercantile qui nous conduit à
l'abîme demande d'en comprendre la généalogie, en renonçant à
l'idée de progrès comme viatique d'une telle démarche.
Décroître pour embellir est devenu l'impératif catégorique de la
survie de l'espèce humaine, croître et enlaidir étant désormais
synonymes de sa disparition annoncée.