Les fractures du temps laissent-elles paraître la durée ? Face
à l'impossible «omnitemporalité», l'expérience de la durée.
Le geste créateur, l'idée instantanée ou la satisfaction inspirée
des artistes interrogent notre lien charnel au monde, qui oscille
entre l'abandon au temps morcelé et des synthèses imaginaires.
Quand Vénus exauce le désir de Pygmalion, le sculpteur,
de voir sa création accéder à la vie (Ovide,
Métamorphoses), le poète atteste son rêve d'incarnation.
Des paradoxes de la physique (Étienne Klein) à la musique
répétitive (Daniel Caux), du cinéma documentaire (Yann
Kilborne) à la poésie de Michaux (Madeleine Fondo-Valette),
de la synthèse autobiographique de Paul Valéry ou des
réflexions de Merleau-Ponty sur l'intersensorialité (Gérard
Wormser) aux méditations de Heidegger (Ingeburg
Lachaussée), ces esquisses indiquent les modalités contemporaines
de notre présence au monde (François Hartog), dont le
cinéma de Wim Wenders (Jean-Baptiste Chantoiseau) ou
l'oeuvre de Georges Perec (Claude Burgelin) portent particulièrement
la marque.
La sensibilité n'est qu'un autre mot pour dire notre présence
au monde. Cet ouvrage approche l'expérience de la durée à
travers diverses expressions où s'entrelacent l'attente et l'oubli,
le rêve et le récit. Ce souci anime l'action des commissaires
d'exposition (Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans) et des artistes
d'aujourd'hui (Kader Attia).