Deux histoires se croisent, surprenantes, propres à
enflammer l'imagination : une grande famille, dite de
Savoie, rencontre Ripaille, lieu enchanteur des bords
du Léman ; un comte, duc, pape, Amédée VIII, le
«bizarre Amédée» de Voltaire, rêve pour son lignage
d'un couronnement royal, dans le secret de son
château qui n'a rien d'une forteresse, mais fut tour à
tour pavillon de chasse, résidence de cour, prieuré à
chanoines, ermitage de luxe.
Bernard Sache s'est nourri aux meilleures sources
pour mettre en scène, vue et animée depuis Ripaille,
une étape marquante de l'histoire de la Savoie. Une
grosse centaine d'années, du milieu du XIVe au milieu
du XVe siècle, où, conduite par quatre couples de
souverains emblématiques - le flamboyant Comte Vert
et l'avisée Bonne de Bourbon, le tourmenté Comte
Rouge et la bonasse Bonne de Berry, le secret
Amédée VIII et sa bien-aimée Marie de Bourgogne,
l'inconséquent Louis et la sulfureuse Anne de Chypre -,
la Savoie connaît son apogée, suscite l'admiration de
l'Occident et nourrit les plus grandes ambitions.
Pour - et de cette surprise les Savoyards ne se sont
jamais tout à fait remis : pourquoi le Léman n'est-il
pas un lac savoyard ? - échouer si près du but et
retomber du haut de ses montagnes.
Mais entre-temps se sera déployé, sur fond de Peste
Noire et de guerre de Cent Ans, ce Siècle de Ripaille
qui culmine peut-être avec ce que l'on peut appeler
«le faire Ripaille».
Au fond, Ripaille ne rimerait-il pas, à sa manière
savoyarde, avec Versailles ?