«Lisez-vous sur le Web ? - C'est évident, puisqu'il y a
surtout des textes, même pour les publicités ! - Allons,
cela n'a quand même rien à voir avec la lecture d'un
roman !»
Où sont les mots, et donc les concepts, qui permettent de
penser cette activité apparemment nouvelle et pourtant si
proche de «l'ancienne lecture», celle du support
imprimé ? Faut-il parler de «lecture» ou de «navigation»,
d'«usages», de «consultation» ? On parle d'ailleurs d'internaute,
d'utilisateur, d'usager et jamais de lecteurs !
En s'appuyant sur des observations, les auteurs de
cette recherche ont pu montrer comment l'activité de
l'internaute portait à la fois sur le corpus (pour s'orienter
et sélectionner), sur le document (qu'il devait cependant
en grande partie constituer lui-même à partir des
liens qu'il activait) et sur le signe (qui l'oblige à lire pour
interpréter comme pour naviguer). Les trois activités
manipuler, approprier, interpréter s'exercent tout
autant sur les trois niveaux, corpus, document, signe.
Les internautes observés ont tous manifesté à la fois
la fascination et le désir que leur inspirait le Web mais
aussi la frayeur, la désorientation et l'impuissance
qu'il provoquait. Vivre le Web est en tant que tel une
expérience hypermoderne qui oblige à un
remaniement considérable de tous nos repères.
Lecteur, oseras-tu entrer dans l'outre-lecture ?