Reproduire le genre ? Il s'agit d'abord du genre de la reproduction,
c'est-à-dire d'une reproduction dénaturalisée, mais aussi de la manière
dont l'ordre de la famille, de la parenté et de la parentalité ne se
contente pas de refléter un ordre des sexes : par le jeu des rôles sexués,
il participe de sa reproduction.
Après Genres & Sexualités (2009), ce volume réunissant anthropologues,
historiens, juristes, philosophes et sociologues vient clore les actes
de trois colloques organisés à l'initiative de la Bibliothèque publique
d'information. L'ensemble est défini par le renversement d'une
donnée empirique en une interrogation : des femmes et des hommes ?
Au-delà du pluriel, c'est l'évidence selon laquelle il y a deux sexes qui
est ainsi soumise à la question par le concept de genre. La différence des
sexes posée comme un fait non problématique, c'est-à-dire niée en tant que
problème, est au principe de l'ordre, non seulement des sexes, mais aussi
des sexualités, de l'ordre familial et de la filiation, et de la reproduction.
Le genre ébranle l'évidence de cette donnée première en la dénaturalisant.
Le genre se révèle ainsi, inséparablement, un outil (scientifique) et une
arme (politique) : le féminisme ouvre un champ d'étude en même temps
qu'un champ de bataille.