« Cela se passait, aux rives de Loire, à Rochefort, dans un pays large et vert, bordé de collines, de châteaux et de sables. Dans cette contrée où les vignes et les roses ajoutent leurs parures à la couleur ardoise du ciel, un pharmacien : Jean Bouhier, et un instituteur : René Guy Cadou, avaient décidé d'ôter le bâillon que l'Occupant tentait d'imposer à la poésie. Souvenons-nous un instant du climat : chacun avançait à tâtons sur un parcours semé d'embûches, cherchant à reconnaître les amis sous le masque, à déceler l'adversaire sous la cordialité d'emprunt. 1941, c'est la guerre. Paris a faim. Paris a froid. L'Europe est un camp retranché. Les veilleurs de Londres et de Moscou chuchotent pendant que les bruits de bottes signalent l'approche d'une patrouille allemande dans la rue où les lampadaires sont éteints... Vichy prône une poésie « nationale et traditionnelle », pieusement enroulée autour d'un bâton de Maréchal. Aragon publie Le Crève-Cœur. Pierre Seghers lance les premiers numéros de POÉSIE 41. Max-Pol Fouchet édite la revue FONTAINE, à Alger. En zone occupée, la poésie, cette dignité de l'homme, a officiellement disparue... » Luc Bérimont