Par un étrange paradoxe, c'est au théâtre allemand que l'on doit
la pièce de loin la plus intéressante sur Napoléon. Lorsque
Christian Dietrich Grabbe écrit en 1830 son drame sur la période
aussi brève que mouvementée des Cent-Jours, le souvenir de l'épopée
napoléonienne hante encore les esprits, déchaîne les passions.
Héritier de la Révolution française pour les uns, fossoyeur des
idées de 1789 pour les autres, la figure de l'empereur suscite la
controverse et cristallise les contradictions comme le manifeste la
pièce de Grabbe, où la fascination pour l'être d'exception se mêle à
la critique du despote. Si Napoléon paraît aussi grand, c'est que les
autres sont très petits dit Grabbe et, de fait, nul n'est épargné dans
cette fresque monumentale où l'auteur offre un vaste panorama de
la société à l'aube de la Restauration et décrit l'effondrement militaire
de l'empire à Waterloo. Avec Grabbe, le temps et l'espace se
dilatent, le théâtre n'est bientôt plus qu'un théâtre d'opérations où
l'histoire et le drame se confondent. La Comédie humaine que
Balzac, à la même époque, illustre par le roman, Grabbe, lui, la
met en scène ou, plus exactement, lui rend son théâtre.