La tristesse se consomme chaude. Elle est le nid où viennent se déposer les souvenirs aigus de nos rencontres qui sont autant de dards de soleil.
Si nous continuons ainsi, nous ne nous reconnaîtrons pas quand nous nous reverrons, si nous nous revoyons. Si nous nous revoyions, il n'est pas dit que nous nous reconnaîtrions. Notre double miroir, un temps désaffecté, nous renverra(it)-il, fidèle tout de même, nos belles images ?
L'ample manteau d'hiver accompagne chacun de ses pas de multiples plis vagues qui ondulent avec chic au contact du pantalon, des mollets. Confort. Danse. Démarche altière, simple et unique, comme d'un homme qui reviendrait de loin, sans se hâter, pour ne rien perdre du plaisir exigeant du retour.
Muet, perdu, égaré dans son propre itinéraire, il fait sans cesse les mêmes pas, dans la même direction. N'a-t-il pas clamé qu'il le trouverait, ce livre, où qu'il soit, quoi qu'il lui en coûte, pour être fidèle à lui-même et à l'auteur du livre, pour que ce livre-là aille rejoindre l'autre, le sien, au fond du placard ?
Ainsi le livre, la conquête du livre, sont le but banal de quelquesunes de ses journées, quand il peut quitter le monde de la science initiale pour entrer dans la superficialité de l'existence, de l'inanité du livre.
Dans nos itinéraires, proches et différents, qui se rejoignent seulement de loin en loin, mais comment !, surgit la force lumineuse, le mince, fulgurant rai de clarté qui part de l'escar-boucle, infaillible laser qui nous relie et et nous transperce à nu, parce que cela doit advenir. Ainsi disent nos armoiries.