Michel Frois, dans ses mémoires qu'il se décide aujourd'hui à publier, s'accorde quatre vies. C'est bien le moins pour un homme qui, encore en activité à l'âge de 85 ans, n'a jamais cessé de prouver son dynamisme et son sens de l'innovation pendant plus d'un demi-siècle de parcours professionnel. Notamment en persuadant, d'abord l'armée puis le patronat français, de changer complètement leur façon de communiquer et par là même leur image. Alors qu'il s'était «évadé» de France et s'initiait au maniement des chars dans l'armée française qui se reconstituait en Afrique du Nord, cet homme au destin peu banal a soudain compris, un beau jour de juin 1943 à Casablanca, à quel point il était important de savoir communiquer. «L'information, aime-t-il dire, est un corset qui aide à se tenir droit.» Aux côtés du maréchal de Lattre de Tassigny, il s'emploiera ainsi à montrer à la France une guerre d'Indochine qu'on lui cachait, avant de participer, dans le même état d'esprit, à la décolonisation réussie de la Tunisie et du Maroc. Avec Paul Huvelin, François Ceyrac puis Yvon Gattaz, au CNPF, il contribuera grandement à dépoussiérer l'image quelque peu archaïque des patrons et à faire reconnaître, avant que ce ne soit à la mode, l'utilité pour le bien commun, et la légitimité, à la fois de l'entreprise et de ses animateurs. Un combat précurseur et toujours recommencé, pour défendre les vertus de l'information que poursuit encore aujourd'hui Michel Frois comme conseil en communication.
«Rien ne prédisposait Michel Frois à devenir un des "papes" de la communication des entreprises [...] Curieux homme qui suscite l'adhésion chez des personnes fort dissemblables : Henri Weber, sénateur socialiste, membre fondateur de la ligue communiste, le juge "extraordinaire" ; Gérard Longuet, président UDF de la région Lorraine, ancien ministre, le dit "formidable".»
Alain Faujas Le Monde