1974, 1981, 1988, 1995, et, soyons-en sûrs, 2002 : le monde - la France - marche à l'envers. Lancés dans la campagne présidentielle, les mêmes candidats se bousculent pour remettre le pays sur ses pieds. Ils haranguent les foules avec leurs éternels discours sur le changement, renvoient toujours leur adversaire dans le camp de l'immobilisme, se posent en sauveurs, multiplient les promesses, sillonnent l'espace en répétant les mêmes étapes, utilisent les mêmes symboles, suscitent ou déclenchent le même rire subversif, rabaissant, désacralisant, animalisant...
Durant une période déterminée, la remise en cause du pouvoir et de l'ordre social est organisée. Au Moyen Age, carnaval jouait ce rôle printanier. Dessins, journaux, entretiens avec des journalistes politiques soutiennent l'argument de ce livre, tiré d'une thèse de sociologie : une analyse des élections présidentielles selon le schéma du carnaval et la thématique du monde à l'envers. La fête, pourtant, n'est pas le tout de l'élection. Durant ces semaines et ces mois d'effervescences de tous ordres, c'est à la fois une fête débridée et une lutte fratricide dont la conjonction est largement (mais pas totalement) déchiffrable selon le scénario carnavalesque.