Cet enfant qui évolue dans une grande maison austère et froide, qui observe famille et voisins tapi entre les plantes vertes, qui s'enferme dans le noir pour jouer du piano, et croit parler à la Vierge, est-il vraiment normal ?
Son père en doute, et s'efforce de la «dresser», de l'extraire du cocon maternel, de l'amidonner dans des règles et des principes, dans une éducation rigide dont l'enfant ne s'échappe que par le rêve.
La société dépeinte ici est bien morte, et ses mœurs révolues. Ce monde des années cinquante, cette petite ville d'Aquitaine perdue dans la lande (Dax ? Mont-de-Marsan ?), l'enfant nous les fait revivre avec tendresse et mélancolie, avec malice aussi, rehaussée d'une ironie souvent assassine.
De la procession du 15 août à la chasse aux puces, des repas d'obsèques aux courses de taureaux, de l'hospice à l'hippodrome, de l'école au marché, c'est plus qu'une enfance qui nous est livrée ; c'est toute une humanité provinciale épinglée avec une jubilation rosse, qui n'est pas sans rappeler l'univers d'un Jules Vallès ou d'un Hervé Bazin.