Un journal intime. Intime mais public ? Un concours de circonstances...
Hiver 2001. Je rentre dans mon atelier après une expo. Il fait froid dehors, dedans. Difficile de se
remettre à la peinture. Et puis ce contraste entre l'art et la vie de village... Il me faut trouver une
solution pour concilier les deux, pour justifier ma place dans ce milieu quotidien et rural où je vis,
où l'art est un luxe, une chose étrangère, un objet incompréhensible, quasiment inutile.
Inconsciemment, je découvre la solution en commençant mon premier dessin. Je vais dessiner le «ici»
et «maintenant», pas seulement dans ma vie mais dans La vie, lancer des amarres, émettre des
signaux, interroger la vie quotidienne pour en extraire un jus transfiguré que l'on appellerait, par
exemple, de l'art !!!
Ce qui commence comme une bouée de sauvetage (ou comme une anecdote) se continue comme
une révélation. Je réalise que c'était ça que je cherchais, ce lien entre le terre à terre, le concret,
et la poésie. Je redécouvre le sens de l'art, son rôle de passerelle. Je vois, j'entends, je sens
autrement, tout est digne soudain d'attention, tout est terreau, tout est commencement, tout peut être
retranscrit, traduit, donc transcendé.
La vie quotidienne devient universelle, «mythologique». C. notre épicière, les figues, le platane,
Madame L., Monsieur B. renvoient à d'autres choses, à une histoire plus compliquée, plus vaste,
à l'humanité...